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Alain J Richard

Presse et textes​

Un corps émerge d’une lumière sombre, presque sépia, se tord en mouvements sans retenue qui disent la souffrance, la peur qui sait, un mal être insoutenable. Toujours le même homme (un autoportrait ?) qui s’affiche dans une mise à nue poignante. L’homme, en tout cas, au prise avec la vie et son cortège de douleurs. Ainsi que l’observe Raphaële Carreau, attachée de conservation des musées de Chaumont, « si la couleur brune des pigments utilisés évoquent l’encre vieillie des dessins à la plume de la Renaissance, les déformations surprenantes de l’anatomie éloignent ses travaux de l’observation scientifique et naturaliste. Ce n’est pas la compréhension du fonctionnement du corps qui sous-tend sont travail mais l’expression, par des moyens plastiques, de la souffrance physique et psychique ». Une œuvre forte, qui dérangera sans doute, mais dont on appréciera la spontanéité graphique ainsi que l’aspect monochrome. 

Benoît Ladune.
Miroire de l’Art

LES RECLUS

 

« Je sais qu’une peinture est terminée quand elle me regarde. »
Helmut Rieger, plasticien

 

« Tout est histoire de regard. »
Jean Goodwater, passant ordinaire

 

Les Allemands ont une expression redoutable, la Schadenfreude, « la joie mauvaise, le bonheur que l’on éprouve à voir souffrir l’autre » indique Leïla Slimani. Solliciter cette joie mauvaise est-il le but ultime d’un système dans lequel la souffrance de l’un panse illusoirement celle de l’autre ? Contente-toi de ta condition pauvre humain, sauf à subir ce que les autres endurent. Combattre cette joie mauvaise semble au cœur du travail d’Alain J. Richard, mais sans démonstration, sans ostentation, juste la puissance du trait qui éclaire le propos, comme la lumière souligne le visage des Reclus.

Quand certains s’ingénient à peindre le même paysage chaque jour jusqu’à l’épuisement, Alain J. Richard semble vouloir peindre chaque humain, dans sa singularité, dans son universalité, dans son délitement, dans sa nudité féroce, dans son androgynie. Dans son animalité. Des récits à construire.
Il lui reste des milliards d’hommes et de femmes à coucher sur le kraft, il n’ira pas au bout bien sûr, il le sait, mais il aura su (re)donner vie aux Reclus, à cette armée silencieuse qui se vit vaincue, qui patauge dans la boue des hors-champs inquiétants.

Le bal macabre est terminé. Les danseurs-marcheurs sont épuisés ! Ils s’assoient alors, ou restent debout, la colère rentrée, accablés ou interrogatifs, dans un environnement toujours hostile. Les temps changent, c’est vrai, ils empirent.
L’humanité de Alain J. Richard se déleste ici de bien des membres, de bien des chairs, de bien des peaux qui nous conduisent à l’épure, celle de l’os.
Victimes ou bourreaux ? A vous de trancher. De toute façon, bientôt, il ne restera que des riens, des cendres à disperser aux vents mauvais Et quelques-uns gorgés de tout. Dans des forteresses imprenables.

 

Ils sont seuls, parfois deux, parfois trois ou quatre, mais seuls. Le nombre ne fait rien à l’affaire. Ils sont seuls. Ce sont les Reclus, les invisibles qu’Alain J. Richard nous donnent à voir. Lestés du linceul de notre cécité.
Faut que ça cause ! Faut que ça cause dans les regards ! Comme un cri aphone. Eux ne nous regardent pas, ou si peu. Mais les regardons nous ? Moins encore. Combien de fois détournons nous notre regard ? Plus encore. Nos yeux sont aveugles, nos mains aussi, que nous ne tendons pas. Leurs mains d’ailleurs ont disparu. A quoi serviraient des mains qui restent en suspens éternellement, dans l’attente vaine de l’autre ?


Là, pas d’échappatoire. Pas d’arrangement. Alain J. Richard fait dans le frontal, le brutal ! De toute façon, nous méritons de bonnes baffes ! Pleine bille ! Pleine face ! Quand c’est le peintre qui les donne, les joues ne rougissent pas, les corps ne vacillent pas, les coups ne marquent pas, sauf l’intérieur qui bleuit des strates que le peintre dépose patiemment dans le sensible de nos êtres. « L’art est un véhicule pour aller sur les territoires peu fréquentables de l’âme » indique Alain J. Richard. Alors, cœurs fragiles, fermez les portes, on ne sait jamais.

Eric Bonneau

 

Artiste autodidacte, Alain J. Richard travaille sur le thème du corps et de ses souffrances. Fasciné par la frontière entre l’intérieur et l’extérieur, il ouvre les chairs voire les annule et explore comme un chirurgien ou un radiologue la mécanique interne des corps, la recrée librement, lui ajoutant parfois d’étranges prothèses qui semblent entraver autant que soutenir. Fragile et froissé, le support kraft, plutôt inhabituel, renvoie à la peau des personnages. Si la couleur brune des pigments utilisés évoque l’encre vieillie des dessins à la plume de la Renaissance, les déformations surprenantes de l’anatomie éloignent ses travaux de l’observation scientifique et naturaliste. Ce n’est pas la compréhension du fonctionnement du corps qui sous-tend son travail mais l’expression, par des moyens plastiques, de la souffrance physique et psychique. Ces corps crucifiés, écorchés, échos modernes des Christs en croix, martyres de saints et danses macabres qui furent pendant longtemps les sujets principaux de l’art occidental s’éloignent de cette tradition par leurs détails fantastiques et expressionnistes suggérant un univers inquiétant où le corps se délite, se dissout, cesse de lutter.

Raphaële Carreau ,
Attachée de conservation
Des musées de Chaumont.

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